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La ruée des peintres américains à Giverny n’est pas encore décidée. Ce sera L. Metcalf, peintre de l’atelier Julian, qui en sera le promoteur. Descendu à Vernon et se promenant le nez au vent, tout en admirant la nature, il arriva à Giverny par une belle après midi de printemps. Les pommiers étaient en fleurs. Il fut si enthousiasmé par la beauté du site qu’il y voulut coucher et, comme il n’y avait point d’hôtel, il vint frapper à l’épicerie buvette. Ce fut Mme Baudy qui vint lui ouvrir. Que de fois n’a-t-elle pas raconté par la suite sa frayeur à la vue de ce géant étranger, barbu jusqu’aux yeux, lui demandant une chambre dans un
jargon épouvantable ? N’ayant de lit que le sien, elle l’éconduisit en fermant la porte derrière lui, à double tour !
Quelques mois après, hanté par cette nature qui l’avait tant charmé, il revint avec quelques amis de l’atelier, mais cette fois, harnachés de leur matériel de peintre et décidés à coucher à Giverny coûte que coûte. Est-ce la vue de cet attirail pacifique qui attendrit Mme Baudy ? Cette fois, elle leur céda sa chambre et alla coucher chez des voisins. Le lendemain elle leur
fit la cuisine et Théodore Wandel, Bruce, Taylor ainsi que John Breck peignirent soir et matin avec Metcalf. C’est au cours de ce séjour qu’ils apprirent que Claude Monet habitait le pays ; la jonction était faite entre les peintres français et américains. Puis ils repartirent
travailler chez Julian, revenant chaque week-end avec d’autres camarades aussi grands, aussi barbus, et aussi gais.
L’année suivante, en 1887, Théodore Robinson travaille avec Watson, un Anglais qui arrive de Saint-Louis (U.S.A.) et Dice, un Ecossais. Devant le succès de son petit commerce, Mme Baudy fait installer des chambres, l’épicerie devient hôtel et une gaieté folle règne le
soir à la lueur des lampes à pétrole. Elle a pris en affection ces grands enfants rieurs, pleins de vitalité qui la taquinent, chantent et boivent sec. Les murs de la buvette se couvrent de peintures. La pension est bon marché, mais il arrive qu’un des peintres ne puisse payer sa note. « Vous paierez une autre fois », dit Mme
Baudy et le peintre laisse ses toiles en dépôt. Dice, l’Ecossais, vêtu de son « kilt » fait danser
tout le monde au son de la cornemuse. Le renom de l’hôtel attire un autre peintre de l’Académie Julian : Théodore Butler. C’est un garçon maigre et dégingandé, habillé avec distinction. Durand-Ruel dira de lui plus tard qu’il donnait le ton aux Américains à Paris. |