LES TRAVAUX DE RESTAURATION. De l’Eglise Sainte Radegonde (XIIe-XVe siècle)- 1ère tranche 2008.
Note de synthèse générale
L’église Sainte Radegonde de Giverny domine la rue Claude Monet de quelques mètres et est entourée sur trois côtés par le cimetière communal (ancien enclos paroissial aujourd’hui disparu), elle remonte en partie au XIe ou au XIIe siècle mais a été notablement agrandie à la fin du XVe siècle. Le chœur (dans sa totalité) en constitue la partie la plus intéressante du fait de son abside et, pour l’extérieur, de son intéressante corniche sommitale à corbeaux. La période dite romane est présente dans d’autres éléments de l’édifice, dont la petite baie sud de la nef, et surtout la presque totalité de son mur nord, où sont visibles des parties en opus spicatum. Comme bon nombre d’édifices religieux normands, l’église de Giverny a souffert des vicissitudes de la guerre de Cent Ans et a été partiellement reconstruite au XVe siècle. Cette reconstruction, a fait émerger quelques beaux volumes (intérieur et extérieur) en pierre de taille dont le pignon occidental (dénommé bas-côté dans le dossier de recensement de 1927) et la partie médiane de l’édifice, donnant à celui-ci une silhouette massive, surtout en partie orientale.
La protection au titre des monuments historiques était donc, dans son principe, assez logique : dès 1908 G. Ruprich-Robert, architecte en chef des monuments historiques proposait le classement de l’édifice, remarquant que « l’intérêt de ce monument résidait principalement dans l’abside romane et dans le bas-côté sud avec son « pignon à la mode normande… » La protection du 26 décembre 1927 ne concerna que l’abside et le pignon sud.
Le regard posé aujourd’hui sur l’édifice a considérablement évolué et nous serons plus sensibles à son homogénéité, (XIe-XVe siècles), en soulignant l’intérêt de la nef, en grande partie du XIIe siècle (le cas n’est pas si fréquent).
En 2008, l’idée ayant été évoquée avec Monsieur le Maire lors de visite de chantier, le service DRAC-CRMH de Haute-Normandie (Direction Régionale des affaires culturelles, Commission régionale des Monuments Historiques) a proposé de modifier la protection de l’église Sainte-Radegonde par une inscription au titre des monuments historiques en totalité.
(Extrait du document de Lionel Dumarche DRAC-CRMH Haute Normandie pour le classement de l’église le 6 octobre 2008).
Notre église. Description sommaire :
Edifice de plan général rectangulaire allongé en maçonnerie et pierre de taille constitué d’une longue nef en maçonnerie de silex et calcaire à trois travées irrégulières, à trois baies dans le mur sud (dont une petite baie étroite en plein cintre et une porte latérale) à une unique baie ogivale pour le mur nord ; pignon ouest à rampant, porte d’entrée sous baie en anse de panier à moulures prismatiques, surmontée d’une baie en plein cintre.
Cette nef est prolongée à l’est par :
un long transept à haut pignon en pierre de taille, pour le bras sud, à trois travées séparées par des contreforts à clochetons, hautes baies ogivales à remplages ; baie ogivale murée dans le mur est. Bras nord moins saillant, à deux travées, contreforts et fenêtres à remplages, partie ouest occupée par la tourelle d’escalier octogonale menant au clocher (toiture pyramidale).
Un court clocher polygonal à la croisée du transept, flèche polygonale.
A l’extrémité est : haut pignon en maçonnerie (petite baie étroite en partie haute) sur lequel vient s’appuyer un chœur hémi-cylindrique en maçonnerie de petit appareil calcaire, à trois contreforts plat et à ressaut ; au sommet de l’élévation forte corniche à tablette saillante reposant sur une série de corbeaux sculptés (têtes et animaux stylisés).
Les intervenants :
La société EAD a assuré la mise en place de la maîtrise d’ouvrage : appel d’offres auprès des entreprises et analyse de ces appels pour la Commission d’appel d’offres de la Commune. Cette opération a été entièrement subventionnée par le Conseil Général.
La Commission d’appel d’offres a choisi les entreprises et le Conseil Municipal a entériné ce choix.
Mr. Dewulf architecte du Patrimoine chargé de l’étude et responsable des travaux.
l’Entreprise T.E.R.H. pour les travaux de charpente et maçonnerie.
L’Entreprise Joly S.A. pour les travaux de couverture.
L’Entreprise l’ANCRE pour réaliser les sondages des décors peints.
Histoire de Sainte Radegonde :
Radegonde, née en 518 à Erfurt, est fille du roi de Thuringe, Berthaire. A la suite d’une guerre entre la Thuringe et les Francs, sa famille est massacrée par Clotaire, fils de Clovis. Elle est emmenée comme captive à l’âge de 12 ans dans la villa royale d’Athies où elle est instruite dans la religion chrétienne et baptisée. Clotaire devenu veuf décide de l’épouser à Vitry en Artois, elle s’enfuit mais rattrapée, elle dut accepter le mariage qui eut lieu à Soissons en 538. Bien que princesse germanique, elle devient « Reine des Francs », ses ennemis d’hier.
Très pieuse, elle se consacre à accueillir les pauvres, soigner les malades, consoler les affligés, demander grâce pour les condamnés à mort. Elle fut une reine très aimée de ses sujets.
Quand Clotaire assassine son frère pour trahison, elle décide de se séparer de son royal époux. S’étant fait consacrer diaconesse par Saint Médard, évêque de Noyon vers 544, elle se retire dans un monastère qu’elle fonde à Poitiers entre 552 et 557. Cette abbaye prend plus tard le nom de Sainte Croix qui conserve encore aujourd’hui une relique de la Sainte Croix reçue par Radegonde de l’empereur de Byzance.
Bien qu’ayant renoncé à toutes les richesses, à toutes les facilités de la vie et à son titre de Reine pour ne s’attacher qu’au Christ, elle continue à intervenir auprès des princes qui se déchirent, pour arrêter ou éviter les conflits. Bien que retirée du monde, son autorité demeure grande dans le royaume jusqu’à sa mort qui survient le mercredi 13 août 587 à Poitiers où ses restes reposent.
Son culte tardif est lié à la libération de la Normandie en 1540, il fut prescrit par Charles VII qui voulait ainsi affirmer, face aux prétentions anglaises, sa légitimité grâce à un lignage de 9 siècles remontant aux Mérovingiens. Elle est une personnalité si marquante de l’histoire de France et une si grande Sainte que son rayonnement s’est étendu au-delà de la France et de l’Europe. Elle est fêtée le 13 août et le 28 février sous le nom de Sainte Radegonde d’hiver.
Elle est représentée dans l’église de Giverny en moniale couronnée tenant un livre dans sa main droite, l’autre main tenait soit une crosse d’abbesse, soit un petit sac d’avoine.
Clocher : Les travaux de charpente et de couverture
Les travaux de la 1ère tranche ont été réalisés comme prévu de janvier à décembre 2008. L’état du clocher, tel qu’il apparaît sur les photos, témoigne de la nécessité, voire, l’urgence de l’intervention. Lors de l’état des lieux, avant étude préalable, établie par Didier Dewulf, architecte du Patrimoine, les parties accessibles du clocher ne laissaient pas supposer une telle dégradation de la charpente ; lors des premiers travaux, le constat était alarmant et les 18 m3 de bois prévus pour la totalité de la réfection de l’édifice ont été utilisés pour le clocher et une petite partie très abimée de la nef au-dessus de la porte du pignon sud. Les charpentiers ont été très performants et les « greffes » sur les poutres spectaculaires ! La majeure partie de la nef ne révéla pas, fort heureusement, de soucis particuliers.
Suite aux bombardements de la dernière guerre, la restauration entreprise à cette époque a été faite dans l’urgence avec les « moyens du bord « : notamment l’utilisation de bois de médiocre qualité non traité et de calpinage très nombreux pour la sauvegarde des structures. Le temps et les infiltrations dans la toiture ont fait le reste.
Remplacement des croix de St André
Les belles croix de St André qui ornent la charpente et soutiennent le clocher ont dû, pour la plupart d’entre elles, être remplacées en totalité ou partiellement.
Couverture du clocher
La couverture du clocher a été refaite à l’identique en ardoise avec toutes les difficultés engendrées par un clocher ancien, profils des pans de l’octogone tous différents, d’où nécessité de nombreuses découpes.
L’entreprise Joly SA a mis sur ce chantier des couvreurs au travail remarquable. Cette restauration faite sur notre clocher est telle qu’elle a valu à l’entreprise JOLY SA l’homologation de « Restaurateur des monuments historiques ».
Couverture de la nef
Les couvertures de la nef et de la tourelle nord ont été réalisées avec les tuiles plates en terre cuite de Poligny ; pour obtenir ce bel aspect, trois formats et trois couleurs de tuiles d’une seule cuisson ont été nécessaires.
Compagnon et Coq
Le clocher était surmonté d’une croix et du coq ; à la dépose, la croix s’est révélée être très abimée, (elle aurait environ 300 ans) ; après avis de la commission, il a été décidé par le conseil municipal, de refaire la croix à l’identique pour la somme de 9.500 €. Cet ornement en fer forgé a été conservé et sera exposé dans l’église.
Fin juillet 2008, la pose de la croix et du coq au sommet de la coiffe du clocher a été l’occasion d’une cérémonie respectant la tradition des couvreurs. Les deux coqs, l’ancien et le nouveau, ont été exposés dans l’église ; le Père Vinet a béni le nouveau coq en présence de Monsieur le Maire, des Conseillers municipaux, de Monsieur Colombel, de Monsieur Quettier (JOLY SA), de Monsieur Debuck (TERH), des Compagnons couvreurs et charpentiers.
A l’occasion de cet évènement important de notre vie communale, les Givernois se sont retrouvés dans l’église et ont pu traditionnellement toucher le coq en faisant un vœu ! puis, à la demande de Monsieur le Maire, Monsieur Barthe (L’A.N.C.R.E.), restaurateur des fresques, a expliqué l’intérêt des sondages effectués et la complexité de cette future restauration.
Enfin.... le coq a été posé sur la croix, dans le respect de la tradition, par le plus jeune des couvreurs.
Un pot avec les Compagnons couvreurs et charpentiers a clôturé, dans la cour de la mairie, cette manifestation rare et sympathique : Peu de villageois en France peuvent s’enorgueillir d’avoir vu poser le coq sur leur clocher.
La Coiffe
C’est la partie haute du clocher où se rejoignent tous les pans et arrêtes du clocher octogonal. La coiffe est un chef d’œuvre du maître couvreur. Il réalisa d’abord la maquette, puis l’original et participa enfin à sa mise en place. A l’intérieur de la coiffe, le maître couvreur aménagea une cache, une boite en cuivre, à l’intention des couvreurs qui effectueront des travaux de restauration… dans 80 ou 100 ans ! A l’intérieur de cette boite, un parchemin avec le nom des entreprises, de tous les compagnons qui ont œuvré aux travaux de restauration, du Maire et des Conseillers Municipaux à l’origine des travaux. Dans la charpente du clocher une autre cache et une autre boite ont été disposées quelque part, mais là, c’est le secret des couvreurs et la tradition !
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Façade occidentale
Remarquable travail des tailleurs de pierre et maçons sur cette façade très éprouvée durant les combats de la Libération de Giverny. En effet de nombreux impacts de balles et surtout d’éclats d’obus constellaient cette façade. L’Entreprise T.E.R.H. (spécialiste des monuments historiques), a réalisé ces travaux. Huit mètres cubes de pierre ont été nécessaires pour refaire le surmont et remplacer les reprises anciennes en ciment de la façade par des blocs de pierre.
Angelots
Au gré des temps, des époques, et des hommes, décors peints et badigeons furent réalisés sur les murs intérieurs de l’église.
Mr. Barthe de l’entreprise l’Ancre a entamé une campagne de sondages et excellente surprise… les premiers travaux laissent entrevoir quelques décors peints notamment des angelots bien conservés (probablement du 17ème siècle), sur la voûte de l’autel de la Vierge. Les spécialistes de la DRAC et du Conseil Général travaillent sur le dossier technique et recherchent les subventions possibles.
Financement des travaux
Début des travaux : janvier 2008
Autorisation de programme Eglise Sainte Radegonde votée à l’unanimité par le Conseil municipal du 5 avril 2007.
Avant d’entreprendre les travaux, la Commune ne bénéficiant d’aucune subvention d’Etat (Monuments Historiques) a recherché toutes les possibilités de financement.